lundi 13 avril 2015

D'autres municipalités outaouaises où le français perd du terrain...

Ce texte de blogue sera mon cinquième commentaire au sujet de deux rapports du Commissariat aux langues officielles, publiés la semaine dernière et portant sur la situation des langues officielles à Ottawa (avec des données sur l'Est ontarien) et Gatineau (avec une certaine quantité d'information sur les régions outaouaises limitrophes).

Si j'ai consacré beaucoup de temps à décortiquer ces études, c'est que je les juge importantes en soi... et surtout qu'elles portent sur deux territoires clés pour la francophonie (québécoise et pan-canadienne). Les deux solitudes sont face à face ici, chez nous, sur les deux rives de l'Outaouais, engagées dans un combat culturel que «nous» perdons depuis déjà trop longtemps, et dont l'issue sera déterminante pour l'avenir du français dans la métropole (et donc pour l'ensemble du Québec).

Or, je constate qu'au-delà des médias qui s'intéressent habituellement au sort des Franco-Ontariens (Le Droit, Radio-Canada Ontario-Ottawa-Gatineau, TFO et quelques stations de radio), les deux rapports de Graham Fraser ont eu peu d'échos au Canada anglais et ailleurs au Québec. J'ai vu un texte en anglais, fort commenté, dans l'Ottawa Citizen mais rien d'autre… Peut-être n'ai-je pas suffisamment cherché dans les entrailles du Web…

Je suis bien obligé de conclure à l'indifférence médiatique (j'ai peine à croire que la salles de rédaction n'ont pas été mises au courant des rapports de Graham Fraser), une indifférence moult fois constatée et qui contribue à maintenir la communauté journalistique - et, donc, la population en général - dans une ignorance suicidaire des mécanismes d'acculturation et d'assimilation à l'oeuvre dans notre coin de l'Amérique du Nord. Et pendant ce temps on continue de nous faire marcher, droit et béatement, vers le précipice du bilinguisme collectif.

Revenons au dernier chapitre du rapport du Commissaire aux langues officielles sur la situation de la minorité anglo-québécoise dans la couronne du Gatineau urbain. L'équipe de M. Fraser ne s'aventure guère au-delà des municipalités semi-rurales limitrophes mais comme elles couvrent un territoire assez vaste, on peut en tirer quelques constatations. Un peu à l'image de la ville de Gatineau, les municipalités du secteur centre et ouest sont des territoires où les francophones se font graduellement assimiler, même quand ils sont majoritaires…

Si le Commissaire avait puisé les données de toute la grande région du Pontiac, on aurait vu à quel point la francophonie est mal en point à l'ouest de Gatineau. Si la tendance se maintient, comme dirait vous-savez-qui, le Pontiac risque d'être un jour la première région québécoise à s'angliciser presque complètement… M. Fraser évoque cependant la municipalité de Pontiac (coincée entre la région du Pontiac et la frontière ouest de la ville de Gatineau), qui compte 40% d'anglophones selon la langue maternelle; mais cette proportion grimpe à 45,4% quand on utilise le critère de la langue d'usage (la plus souvent parlée à la maison).

Cette capacité de la minorité anglophone d'augmenter ses effectifs en assimilant des francophones et des allophones se constate aussi dans les municipalités voisines de la Basse-Gatineau (la circonscription de Mme Stéphanie Vallée) - notamment à Chelsea (46,8% de langue maternelle anglaise, 52,1% avec l'anglais comme langue d'usage); La Pêche (37,4% langue maternelle anglaise, 42,3% anglais langue d'usage); Low (56,4% langue maternelle anglaise, 62,3% anglais langue d'usage)… Ces chiffres ne trompent pas sur l'érosion du français, situation connue depuis des décennies et qui ne semble pas inquiéter grand monde…

Dans toutes les municipalités de la couronne gatinoise où il y a plus de 10% d'anglophones (sauf une municipalité rurale, Lochaber, à l'est de la rivière du Lièvre), la dynamique linguistique favorise la langue anglaise.

Le secteur sombre au centre-est-sud indique une tendance neutre

En utilisant les données du recensement de 2011, j'ai fabriqué à l'aide de codes couleurs une carte de la dynamique linguistique de l'Outaouais: rose indique qu'il y a assimilation active des francophones et une baisse de la proportion des francophones dans la population totale; orange indique une hausse ou stabilité de la part des francophones et des anglophones, mais une augmentation plus rapide de l'anglais; vert indique une hausse ou stabilité de la proportion des francophones et anglophones, avec une hausse plus rapide du français; et bleu indique une assimilation active (vers le français) de la minorité de langue anglaise.

Du point de vue francophone, les codes rose et orange sont inquiétants, les codes vert et bleu encourageants. Je n'ai pas ajouté le côté ontarien, parce que peu importe l'endroit, dans l'Est ontarien, le code serait rose. Seuls quelques petits villages autour de Hearst, dans le grand nord ontarien, auraient des codes vert ou bleu…. En Outaouais, les codes bleus se concentrent entièrement dans la Petite-Nation et en Haute-Gatineau. (NB - j'ai aussi dessiné une carte du même type pour la région montréalaise, si jamais ça intéresse quelqu'un…)

Et voilà. Je viens d'essayer de sonner l'alarme pour une nième fois, plus ou moins inutilement vu le peu d'intérêt… Mais un jour, quand il sera sans doute trop tard et que le français aura un statut de langue folklorique, même au Québec, peut-être quelque chercheur tombera-t-il sur mon blogue et se dira: tiens, tiens… 

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Comme l'écriture est minuscule sur la carte, voici une liste des municipalités principales du centre-sud de l'Outaouais par code couleur:

Gatineau - orange
Pontiac - rose
Chelsea - rose
La Pêche - rose
Low - rose
Val-des-Monts - orange
Cantley - orange

2 commentaires:

  1. Votre blogue m'intéresse, monsieur Allard. Vous avez fait le même exercice pour la région de Montréal, dites-vous ? Je serais curieux de savoir...

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  2. Regardez mon plus récent texte de blogue. La carte montréalaise est là.

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