vendredi 19 février 2016

La patience? Non. Soyez impatients!


J'ai suivi, comme d'autres, les événements de jeudi à Toronto. Une manifestation, somme toute modeste, de quelques centaines d'étudiants et d'étudiantes réclamant une université de langue française pour la collectivité franco-ontarienne. Quelques autobus convergeant de différents coins de la province. Les discours d'usage. Quelques cris des tripes. Éloquents. Quelques échanges et retour chez soi…

Et aujourd'hui, moi qui ne suis même plus Franco-Ontarien, je suis envahi par une colère sourde. Comme si l'avenir du français dans mon Québec n'était pas en soi une préoccupation sans répit, voilà que j'aurais voulu avoir 20 ans de nouveau, et pouvoir monter sur les barricades avec ces braves jeunes Ontarois et leurs alliés…

Le fait qu'ils n'étaient que 100, 150, 200 ou un peu plus n'a pas vraiment d'importance… Le fait que leurs demandes auraient pu être mieux fignolées, cela non plus n'a pas de grande conséquence… Le fait que leurs stratégies médiatiques laissaient à désirer, du moins de mon point de vue, ça aussi, à la limite ça peut aller… Non, ce qui compte vraiment, c'est qu'ils avaient le coeur à la bonne place, et que sur le fond, ils avaient mille fois raison de revendiquer!

Depuis trois ans et demi, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) a remué mer et monde pour consulter les étudiants et étudiantes du post-secondaire franco-ontarien, et pour se créer des réseaux d'alliances. Leur demande d'une université de langue française en Ontario, la plus récente d'une série depuis un demi-siècle, est tellement justifiée que personne n'ose s'y opposer en principe.

Des milliers de Franco-Ontariens ont participé ou suivi ces consultations, qui ont été structurées lors d'un sommet provincial en 2014 et transformées en demande officielle - trop humble à mon goût - au début de 2015. Après un an de silence gouvernemental, sauf pour l'occasionnelle mise en garde budgétaire et autre, une petite bande d'Ontarois se présente enfin le 18 février 2016, armée de pancartes et de revendications verbales, devant l'Assemblée législative à Queen's Park.

Et à quoi ont-ils droit, alors que le gouvernement Wynne se prépare à formuler des excuses officielles pour la persécution scolaire des Franco-Ontariens lors du long épisode du Règlement 17? Rien de plus qu'avant, avec une bonne dose de paternalisme spongieux émanant des couloirs du pouvoir et de certains médias… Comme les vieux qui parlent aux enfants, leur faisant la leçon… On est avec vous, mais soyez patients, vous savez que c'est long et coûteux, mettre sur pied une université de langue française…

Non mais… Ça pi une claque dans face… Les étudiants n'ont peut-être pas les ressources et les expertises des administrations gouvernementales, universitaires et médiatiques, mais on n'a pas besoin d'avoir inventé le bouton à quatre trous pour savoir que si Toronto s'excuse pour le Règlement 17 et ses séquelles, c'est qu'il y avait une injustice majeure, et qu'en privant les Franco-Ontariens de ressources financières au primaire, au secondaire, au collégial et à l'universitaire depuis plus d'un siècle… Queen's Park a économisé des milliards sur leur dos!

Alors les délais, les difficultés, les coûts, ça fera! Allez raconter ça aux Anglo-Québécois, qui ont tout depuis 1867… L'Ontario français mène un combat de survie depuis très longtemps, et c'était déjà trop tard en 1967, en 1990, et en 2012… Pour la patience, la collectivité francophone a fait plus que sa juste part depuis le 19e siècle... Comme le disait Jacques Michel dans la chanson Quel temps est-il, c'est aujourd'hui le temps d'exiger, le temps d'obtenir! 

S'il reste un gramme de décence dans tout ce foutu appareil, quand Mme Wynne ou un(e) de ses ministres dira officiellement regretter la persécution scolaire des Franco-Ontariens dans quelques jours ou quelques semaines, on annoncera du même souffle un projet législatif menant à la création rapide d'une structure universitaire franco-ontarienne sous gouvernance franco-ontarienne, ainsi que la nomination d'un groupe d'experts pour la mettre en oeuvre en collaboration avec la collectivité francophone et les milieux éducatifs, y compris les deux grandes universités bilingues.

Je termine en rappelant les cris du 18 février des étudiants et étudiantes, et en souhaitant qu'ils tiennent le coup jusqu'à une victoire déjà méritée: «On veut. On peut. On s'unit. On l'aura.» Et surtout, ne laissez personne vous dissuader...


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