jeudi 30 juin 2016

Il était une fois un petit commando d'élèves franco-ontariens du secondaire...

La lutte pour une reconnaissance officielle et réelle du français par la ville d'Ottawa se poursuit - à la fois discrètement et publiquement - depuis plus d'un siècle sans doute. Ces combats n'ont pas eu le panache des enjeux provinciaux (Règlement 17, C'est l'temps, hôpital Montfort) ou fédéraux (Ottawa étant la capitale et le siège d'une imposante fonction publique), mais ils ont été documentés.

Les historiens trouveront dans les archives médiatiques, universitaires et gouvernementales l'essentiel des débats autour de cette question, avec les noms et déclarations des grands acteurs. Ce qu'ils ne trouveront pas, ce sont les noms d'un petit «commando» de 12 élèves d'école secondaire qui ont attaqué l'un des symboles de l'unilinguisme anglais d'Ottawa à l'automne 1963: les nouvelles traverses à piéton de l'époque, appelées (en anglais seulement) crosswalks

Ce «commando», qui s'était donné le nom d'Association anti-Charlotte ou AAC pour exprimer sa contestation de la position ferme du maire Charlotte Whitton en faveur de l'unilinguisme anglais, avait semé l'émoi au sein de la police municipale, qui avait lancé plusieurs autos-patrouilles à ses trousses pendant l'opération nocturne de l'AAC. Huit des 12 membres de l'Association anti-Charlotte avaient été arrêtés alors qu'ils placardaient des affiches françaises sur l'une des dernières traverses...

photo de la Une du quotidien Le Droit

Il faut d'abord rappeler le contexte. C'était 1963, en pleine Révolution tranquille au Québec, l'année où les bombes du FLQ avaient sonné un réveil brutal, où l'agitation canadienne-française avait forcé le gouvernement Pearson à créer la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme. Enfin, ça brassait un peu partout, et voilà que le maire francophobe de la capitale du pays, Mme Whitton, proclame solennellement Ottawa unilingue anglaise pour l'éternité…

Ces déclarations avaient provoqué de vifs débats, mais les francophones d'Ottawa, plus de 20% de la population selon le recensement de 1961, n'étaient pas descendus dans la rue. Les coups étaient échangés sur les ondes et dans les pages des journaux… Que la seule action militante de 1963, illégale par surcroit, soit venue d'élèves du secondaire (de l'École secondaire de l'Université d'Ottawa, une école bilingue privée pour garçons), est plus que digne de mention…

Le coup étudiant avait certainement bénéficié d'une complicité professorale, puisque des locaux scolaires avaient apparemment été utilisés pour fabriquer les dizaines d'affiches françaises nécessaires pour l'exécution du raid nocturne. Ils étaient une douzaine d'élèves. Il fallait planifier l'itinéraire des deux voitures du commando, trouver du matériel (carton, marqueurs, ruban adhésif, ficelle, etc.). Et on parle ici de jeunes de 16 et 17 ans, à leurs premières armes en contestation organisée…

Je me souviens que l'affaire avait eu lieu tard à l'automne 1963. Il y avait peut-être déjà de la neige au sol. J'ai conservé un article de la page une du quotidien Le Droit du lendemain, mais la date est oblitérée. La capsule météo annonce du temps froid, cependant. On peut voir ci-dessous l'article du journaliste Jacques Guindon, mais je n'ai pas trouvé la suite du texte en page 2. Selon le reporter du Droit, les étudiants avaient placardé les traverses à piétons un mercredi soir.


Selon ce qu'on avait su, huit élèves prenaient place dans l'une des voitures, et quatre dans l'autre. Les huit ont été pincés par les forces policières, les quatre autres se sont échappés. Je me souviens aussi qu'il y a eu procès, avec des incidents fort humoristiques, et que «les huit» avaient été condamnés par le juge à une amende symbolique (5$?) et à des remontrances. Un journal ou la télé ont-ils couvert ce procès? Les accusés avaient-ils insisté pour parler français? C'est à vérifier.

Ce que je sais, c'est que cette histoire mérite d'être bien racontée et que quelques-uns des auteurs devraient consigner sur papier leurs souvenirs de la soirée, ainsi que des préparatifs et des séquelles. Ou, peut-être, un vieux journaliste devrait-il tenter de communiquer avec eux…

Une chose set sûre… L'incident est unique, et ne doit pas être oublié… 









mercredi 29 juin 2016

Service à la caisse pop: les membres ne sont pas tous égaux...

Le centre de services St-René (et siège social) de la Caisse Desjardins de Gatineau. 

Cette semaine, l'après-midi du mercredi 28 juin, je me suis rendu au centre de services St-René de la Caisse Desjardins de Gatineau (on a enlevé le «populaire» du nom même si les gens disent toujours «caisse pop») pour déposer un chèque au compte conjoint familial.

Cette opération aurait dû, en temps normal, durer au plus une quinzaine de minutes, dépendant des files d'attente. Je sais que j'aurais pu utiliser un guichet Desjardins au magasin IGA tout près de chez nous, mais je préfère prendre mon petit livret de caisse et faire un détour pour rencontrer un être humain au guichet de la coopérative dont je suis membre…

Vu de l'extérieur, depuis les travaux d'agrandissement de cette année, le centre de services St-René (également le siège social) ferait l'envie de la quasi totalité des banques dans la région de l'Outaouais et de la capitale canadienne. On se croirait devant un haut-lieu de la finance…

Je ne sais pas combien de millions de $ cela a coûté mais c'est réussi. L'étranger sera impressionné. Le hall principal accentue l'air de grandeur et donne, à droite, sur la vaste salle où huit ou neuf guichets humains attendent les membres, qui peuvent s'asseoir dans des fauteuils confortables et accéder au wi-fi gratuit de la caisse.

À l'entrée de la salle des guichets avec caissier ou caissière, le membre (nous ne sommes PAS des clients) s'arrête devant une petite machine et prend un numéro. Chacun de ces numéros est précédé d'un code (de A à E) selon le type de transaction désiré. Pour les transactions courantes, les plus fréquentes et de loin, c'est le code A.

On prend un billet avec code B quand il s'agit d'une transaction qui ne peut être effectuée qu'en personne, au guichet (par exemple demander des dollars américains ou des euros). La lettre de code D est réservée aux entrepreneurs. Je ne me souviens pas, pour les autres.

Donc à 14 h 26, je reçois le billet A351 et prends place sur mon fauteuil confortable avec mon livret de caisse, mon chèque à déposer et mon iPod avec lequel j'ouvre immédiatement mes comptes Facebook et Twitter. Je jette un coup d'oeil au grand écran au-dessus de moi: on sert présentement le détenteur du billet A 331… 
Je me suis donné une fenêtre de 30 à 40 minutes à la caisse car je dois passer au magasin Archambault des Promenades Gatineau et à mon IGA du coin avant d'aller, exceptionnellement, chercher mon petit-fils vers 16 h à sa garderie dans le secteur Hull.

Après une quinzaine de minutes, je commence à m'interroger. Seulement quatre caissiers sont en devoir et dès qu'un détenteur de code B ou D entre dans la salle, on l'appelle aussitôt à un guichet pendant que la horde de A attend - trop patiemment à mon goût. Après 20 ou 25 minutes, il m'apparaît évident que je ne serai pas servi à temps, l'A337 venant d'être convoqué (et le 333 avait quitté avant d'être appelé, sans doute découragé).

Je me rends donc à la réception dans le hall principal pour demander de parler à un membre de la direction, qui s'amène quelques minutes plus tard. Au moment où elle arrive pour s'informer de ma plainte, deux autres A ont été appelés. On sert A339… Et les derniers arrivés ont des numéros supérieurs à A360...

Elle m'explique le système de codes et confirme que les détenteurs de billets B et D ont le privilège d'être servis en priorité, avant moi et tous les autres A… Les membres ne sont donc pas tous égaux dans ma coopérative. Si je suis obligé d'aller au guichet en personne, j'aurai la priorité sur celui ou celle qui choisit de se présenter devant un caissier ou une caissière, mais qui aurait pu s'en tenir à un guichet automatique. Si je suis commerçant ou entrepreneur, je passe aussi devant le vulgaire membre (qui a sans doute moins de sous à la caisse)…

J'ai tenté de faire valoir des arguments qui relèvent de la philosophie de l'égalité et des valeurs du coopératisme, mais je savais fort bien que les coups ne portaient pas. Peut-être parce que je suis vieux et membre d'une caisse populaire Desjardins depuis 60 ans, elle a offert de déposer mon chèque, ce que j'ai refusé en faisant valoir que ce serait injuste pour les détenteurs des billets numérotés entre A340 et A350… qui attendaient depuis plus longtemps que moi.

J'ai la conviction que la personne de la direction que j'ai rencontrée, et qui m'a rappelé le lendemain pour faire un suivi, cherchait vraiment à me rendre service, mais elle n'était pas en mesure de modifier les principes de gestion qui font d'un entrepreneur un membre d'une classe supérieure à celle des messieurs ou mesdames tout-le-monde qui ont bâti Desjardins depuis plus de 100 ans… ou qui font qu'acheter des euros ou des dollars US vaut une attente moins longue que déposer un chèque.

J'ai su le lendemain que plusieurs détenteurs de codes B étaient en réalité des «A» qui avaient compris le système et qui, au lieu de se plaindre, comme moi, avaient décidé de tricher pour couper dans la file (avec succès). Il semble qu'à compter de maintenant, ils se feront démasquer… Mais en réalité, ce ne sont pas eux les plus coupables…

Cette semaine, à MA caisse, je n'ai pas vu un très fort esprit de coopératisme. Je me suis senti bien plus «client» que membre… et impuissant à changer quoi que ce soit…

Heureusement que je n'avais pas le billet A38… (bit.ly/2972kzS)

Et mon chèque n'est toujours pas déposé...





lundi 27 juin 2016

Qui bene amat, bene castigat...

Le fait que «les écrits restent» les valorise, sans aucun doute, mais c'est aussi un problème. Parce qu'en fin de compte, tout reste... le bon comme le mauvais, le vrai comme le faux.

Le milieu de la presse écrite, celui que je connais le mieux, vit tous les jours avec cette réalité. Quand le journal est imprimé, les fautes - et il y en a toujours - sont là pour l'éternité.

Si la faute est suffisamment grave, on publiera le lendemain ou surlendemain un «erratum», signifiant qu'une erreur a été commise et qu'on apporte le correctif requis. Parfois, pour sembler moins coupable, on parlera de «précision»…

Mais que faut-il faire quand une erreur de fond, portant sur un enjeu important, n'est pas corrigée? Une salle de rédaction n'a rien d'une démocratie, et il n'existe - à l'interne et à l'externe - aucun mécanisme efficace et rapide pour imposer à la direction d'un quotidien la publication rapide d'un correctif…

La conséquence? Pour les chercheurs de l'avenir, qui fouilleront dans les archives médiatiques sur Internet ou dans des chemises de coupures de presse, l'erreur fera loi. Dans 50, 100 ou 200 ans, si cette planète existe toujours, il n'y aura aucun moyen de rétablir les faits avec certitude…

Je le fais donc aujourd'hui pour trois nouvelles du quotidien Le Droit. On me pardonnera de cibler mon ancien quotidien, mais c'est celui que je reçois le matin à la porte, version papier (ainsi que Le Devoir),  et celui auquel je tiens le plus. Qui aime bien châtie bien…

J'ai la certitude que si je vivais à Trois-Rivières ou Sherbrooke, et que j'épluchais le matin Le Nouvelliste ou La Tribune, j'en trouverais de semblables...

1. La plus récente, publiée le samedi 25 juin, sous le titre L'approche conditionnelle d'Allan Rock.


Dans le second paragraphe, on peut lire: Contrairement aux messages qui ont été véhiculés dans les médias, Allan Rock (recteur de l'Université d'Ottawa) assure ne pas être opposé au projet d'une université francophone en Ontario. Je ne sais pas de quels messages médiatiques on parle, mais une chose est sûre et Le Droit en a la preuve. Allan Rock était clairement opposé au projet d'université française en Ontario. Il l'a écrit lui-même dans le texte ci-dessous, signé de sa main, et publié dans Le Droit, en octobre 2014.

L'éditorialiste Pierre Jury, également dans l'édition du 25 juin du journal, rappelle ce texte d'opinion du recteur et affirme sans détour que M. Rock ne craint pas de dire une chose et son contraire. Voir l'éditorial à ce lien: bit.ly/28VD26L, et le texte du recteur ci-dessous:


C'est le recteur lui-même, et non quelque journaliste l'ayant interprété, qui a véhiculé un message clair d'opposition au projet d'université franco-ontarienne. La formulation du texte de nouvelles constitue une erreur dans la mesure où on laisse le recteur blâmer sans fondement les médias.

2. Le texte du 11 juin 2016 sous le titre Université franco-ontarienne: le Grand Toronto privilégié



L'erreur se produit dès le début du texte quand le journaliste affirme: Le comité chargé de se pencher sur la faisabilité du projet d'université franco-ontarienne propose d'accueillir la première cohorte d'étudiants en 2020 dans un campus situé dans le Grand Toronto. La même description du comité est reprise en page éditoriale. Le problème tient à l'inexistence d'un tel comité !

Le rapport en question avait été préparé par un comité régional du centre-sud-ouest ontarien (Toronto et les régions au sud et au sud-ouest) et portait sur l'éducation post-secondaire de langue française (collégiale et universitaire) dans cette région seulement. Cette information était clairement indiquée dans le rapport et reconnue depuis par les principaux interlocuteurs.

D'autres textes, y compris sur mon blogue (voir bit.ly/1Xg5eqp, ainsi que bit.ly/28XezjO), ont clairement établi le mandat purement régional, et non provincial, du comité. Quand un chercheur de l'an 2300 fouillera pour trouver le rapport de février 2016 sur la faisabilité du projet d'université franco-ontarienne, il cherchera en vain. Et il ne trouvera pas d'erratum…

3. Les titres du 14 août 2015, et notamment Pas d'anglais à la ville (de Gatineau) à la une et le titre L'anglais n'est pas nécessaire en page 3.



Le problème ici ne tient pas au texte, mais aux titres, clairement erronés et très en évidence. La nouvelle porte sur une décision de la Cour supérieure du Québec, accréditant une sentence arbitrale sur les exigences de bilinguisme au sein de la fonction publique municipale de Gatineau.

La décision de la Cour indique très clairement que la ville peut exiger l'anglais et le français d'un employé si la connaissance de l'anglais est nécessaire pour l'accomplissement des tâches liées à un poste. Or, dans le cas soumis à la Cour (celui d'un commis aux finances), la ville n'a pas réussi à démontrer cette nécessité, selon l'arbitre de première instance, puis selon le tribunal.

Les deux titres sont erronés. Je n'ai pas vu d'erratum. Je laisse un lien au texte du 14 août 2015, en page trois du journal: bit.ly/1DPqDin.

Conclusion

Ce texte de blogue ne se veut pas un blâme à l'endroit des auteurs de ces erreurs. Dieu sait qu'à l'époque où j'étais chef des nouvelles et rédacteur en chef, nous avons souvent piqué des crises en ouvrant le journal et en constatant des erreurs… Mais j'ose espérer que nous les avons corrigées avec diligence à la première occasion.

Alors, chercheur ou chercheuse de l'an 2300, en fouillant le vieux Web du 21e siècle, peut-être trouverez-vous cette offrande d'une certaine utilité…

Autre conclusion

Si, par hasard, des errata ont été publiés et que je ne les ai pas vus, je ferai vite mon propre erratum.

jeudi 23 juin 2016

Bonne fête nationale !



En ce 24 juin, la nation se dit à nouveau «Bonne fête»!

La table est mise partout, et tous, toutes y sont bienvenus.

Notre hospitalité est légendaire...

Il y a plus de 400 ans, arrivant de France, nous étions accueillis par les peuples d'Amérique.

La liberté, le partage, les grands espaces font partie de l'héritage commun.

Notre présence - française et métissée - aura marqué à jamais les rives et les affluents du «fleuve géant».

Elle mérite d'être conservée, appréciée, enseignée.

Même conquis, nous avons su porter l'épée. Nous avons, surtout, porté la croix.

Pacifiques, rebelles à notre façon, nous avons jeté l'épée, puis remisé la croix.

Le coeur de la nation, s'éloignant de l'ancienne mère-patrie, restait français cependant...

Ces derniers siècles, d'autres ont pris place à notre table…

Des Européens, Africains, Antillais, Asiatiques, Américains…

Plusieurs ont voulu cheminer avec nous et sont maintenant chez eux, à notre table.

Notre aventure en Amérique est devenue la leur…

Ils ont compris ce que trop des nôtres semblent avoir oublié:

   - l'importance et l'attrait de notre petite nation encerclée… de son passé, son présent et son avenir...

   - l'actualité des valeurs de survivance, résistance, rébellion, liberté, laïcité, indépendance…

   - la beauté de la langue française, bien vivante dans notre riche répertoire musical et littéraire…

Ces anciens étrangers ont compris qu'ils étaient invités à notre table, pas nous à la leur.

Que les bras tendus en accueil étaient les nôtres…

Ils ont saisi ce que les «multiculturels» semblent incapables de saisir…

S'ouvrir collectivement à l'autre, c'est l'inviter à venir vers soi.

On ne fait pas preuve d'ouverture en souscrivant aux coutumes des autres, mais en conviant les autres à notre table…

Leur présence enrichira la nôtre et modifiera peu à peu la texture de la nation, sans en altérer le coeur et les valeurs.

Alors je leur lance cette intitation: venez casser la croute à la grande tablée de la Saint-Jean!

À la fin du repas et de la fête, si vous désirez toujours participer à notre aventure nationale, si vous choisissez de la faire vôtre, nous chanterons tous, toutes, sur un air connu:

«Ils sont des nôtres»…
















lundi 13 juin 2016

Mon plan pour le PQ...

Si j'étais candidat à la direction du Parti Québécois (hypothèse «fafarlue», aurait dit l'un de mes anciens profs de science po qui n'a jamais réussi à prononcer farfelu…), et si l'on m'interrogeait au sujet d'un éventuel référendum pendant un premier, second ou nième mandat de gouvernement, j'enverrais mon interlocuteur promener...

Je lui dirais qu'à ce stade, alors que le «mouvement» souverainiste souffre de divisions profondes, que les libéraux au pouvoir (et leur faction agressive de sympathisants anglos ou anglicisés) scrutent chaque écart de langage péquiste pour faire détraquer le débat, et que plus de la moitié de la population québécoise constitue une terre de mission pour l'option indépendantiste, parler sérieusement de mécanique et d'échéances référendaires relève du suicide politique.

J'ajouterais qu'au-delà du programme de bonne gestion requis de toute formation sociale-démocrate se croyant dans l'antichambre du pouvoir, mon gouvernement consacrerait toutes les réserves d'énergie disponibles à promouvoir et réaliser l'indépendance du Québec. D'abord en occupant et en utilisant toutes les compétences accordées au Québec en vertu de la Constitution actuelle, puis en amorçant des actions politiques, législatives et constitutionnelles pour bonifier ces compétences, jusqu'à l'indépendance.

Je crois qu'il est essentiel de jouer franc-jeu, tout le temps. Si, par exemple, selon ce que je propose, le PQ au pouvoir réclamait pour le Québec un élargissement de pouvoirs, disons en matière d'environnement, ainsi que le droit de conclure des traités à l'étranger dans le cadre de cette compétence, les libéraux ne pourraient plus l'accuser d'utiliser des moyens détournés pour promouvoir l'indépendance. Ce serait l'un des buts avoués de la démarche, clamé bien haut par surcroit. Pas d'agenda caché.

Le PQ au pouvoir a le droit - le devoir même - de se comporter en tout temps comme gouvernement d'une nation souveraine, possédant un droit complet à l'autodétermination (déjà reconnu), dans le respect de la légalité constitutionnelle actuelle. Mais ce respect ne doit pas signifier immobilisme. L'État québécois peut entreprendre sa transformation avant même d'amorcer des négociations constitutionnelles avec le reste du Canada.

Je lance comme ça, un peu pêle-mêle, quelques avenues d'action législative et politique immédiate, susceptibles de s'accorder avec un programme dont l'objectif ultime reste l'indépendance… Le Québec pourrait donc:

* se donner une Constitution (provinciale pour le moment) à son image, en incluant des valeurs de type républicain y compris la laïcité de l'État;
* rendre à la Loi 101 son dynamisme perdu, notamment en matière de langue de travail et de langue d'affichage, utilisant au besoin quelques nonobstant;
* mettre fin à l'anglais intensif à l'élémentaire et lancer un programme ayant pour but d'améliorer la qualité du français écrit et parlé, et de réduire substantiellement le taux d'analphabétisme fonctionnel (près de 50% présentement);
* optimiser son rôle au sein de la Francophonie internationale, et s'imposer comme chef de file de la francophonie nord-américaine en intensifiant sa collaboration avec les collectivités canadiennes-françaises, acadiennes et franco-américaines;
* demander son admission à l'Organisation des Nations Unies, en tant que nation reconnue dans un État multinational, invoquant comme précédent l'ancienne adhésion de républiques soviétiques fédérées (la Biélorussie et l'Ukraine);
* tenter d'obtenir le statut de nation participante à divers événements sportifs (y compris les Jeux Olympiques, les tournois mondiaux de hockey, etc.); d'autres nations non indépendantes y sont déjà;
* adopter un hymne national officiel (rien dans la Constitution canadienne ne s'y oppose…).

Ce ne sont là que quelques exemples qui, au-delà de leur valeur intrinsèque, pourraient contribuer à solidariser la nation, à mettre en chantier des projets d'action collective, à nous donner - sait-on jamais - quelques victoires pour compenser les défaites accumulées depuis 1982, à offrir des éléments de «convergence» aux forces indépendantistes et/ou nationalistes hors-PQ, et à maximiser la présence du Québec sur la scène pan-canadienne et mondiale.

La dynamique mise en marche par tels projets, et d'autres, ouvrirait ou fermerait des portes à la nation québécoise, et permettrait d'entrevoir plus clairement la marche à suivre. Élections? Négociations? Référendum? Démarches judiciaires? Législation? Réglementation? Qui sait quelle stratégie pourrait surgir d'un Québec plus solidaire (pas de jeux de mots SVP), disposant d'une Constitution, d'outils linguistiques plus aiguisés, soutenu par des alliés issus d'une action internationale? Personne ne le sait, et je me méfie de ceux et celles qui prétendent bâtir des échéances trop précises et trop lointaines…

Alors si on me demandait ce que je ferais comme chef du PQ et chef de gouvernement, je dirais: diriger un bon gouvernement de centre-gauche (question de rallier un plus vaste éventail de sympathisants) dont l'objectif premier et principal serait de faire évoluer le Québec vers l'indépendance politique, pour permettre à la nation québécoise de s'exprimer pleinement - sans être soumise à la volonté d'une majorité étrangère - dans tous les domaines de compétence législative intérieure, et d'occuper un jour la place qui lui revient, comme à tous les peuples, au concert des nations de la planète.

Dit simplement, on fait tout ce qu'on peut pour renforcer le Québec dans le cadre constitutionnel actuel, et tout notre possible pour modifier le cadre constitutionnel actuel, jusqu'à l'indépendance. Le gros bon sens, quoi… Et bien sûr, toutes nos actions doivent être légales, légitimes, démocratiques et pacifiques. Voilà. 

Alors, à celui/celle qui veut savoir si/quand un référendum risque d'intervenir dans cette démarche, je dis: consulte un voyant ou une voyante avec une boule de cristal… Pour ma part, je n'en sais rien et ça ne m'intéresse pas!










samedi 11 juin 2016

Ce comité d'experts n'existe pas...

Dans un texte du quotidien Le Droit, publié le 26 février 2016, à peine huit jours après la manifestation de 200 étudiants franco-ontariens à Toronto pour appuyer le projet d'université de langue française en Ontario, et seulement quatre jours après que la première ministre Kathleen Wynne eut présenté les excuses officielles de la province pour les persécutions linguistiques issues du Règlement XVII de 1912, on pouvait lire l'information suivante, dans le cadre d'un interview de la journaliste Huguette Young avec la ministre ontarienne des Affaires francophones, Madeleine Meilleur:

«Un comité d'experts se penche actuellement sur le projet d'une université francophone et doit soumettre ses recommandations au gouvernement de Kathleen Wynne.» (voir http://bit.ly/21zGPMe)

Or il appert que ce mystérieux comité, dont je n'avais jamais entendu parler, n'existait pas. Ou la journaliste, pourtant chevronnée, avait mal compris, ou la ministre avait entretenu un flou dont l'effet avait été de lancer Mme Young sur la mauvaise piste. Car selon les nouvelles publiées hier (10 juin 2016), le seul comité «d'experts» ayant un lien avec le milieu universitaire franco-ontarienne était celui créé en février 2014, et ayant pour nom «Comité consultatif d’éducation postsecondaire en langue française dans le Centre et le Sud-Ouest de l’Ontario».

Ce comité n'avait pas pour mandat de se pencher sur un quelconque projet provincial d'université de langue française dont l'objet ultime est d'assurer une gouvernance complète des Franco-Ontariens sur l'ensemble du réseau universitaire de langue française, du nord à l'est au sud de la province. Et le gros morceau, dans le cadre d'un mandat provincial, aurait bien sûr été les deux universités bilingues (Ottawa, Laurentienne), où se retrouvent l'immense majorité des étudiants franco-ontariens au postsecondaire non collégial.


Le document «Le temps d'agir!», remis le 24 février mais rendu public le 10 juin… Un excellent rapport du Centre-Sud-Ouest… pour le Centre-Sud-Ouest...

Non, voici comment le comité lui-même définissait son mandat, en première page du rapport intitulé Le temps d'agir et adressé au ministre de la Formation, des Collèges et Universités, Reza Maridi: «Ce rapport est le fruit de 24 mois de réflexions et fait suite au mandat qui nous a été confié, en février 2014, de vous prodiguer des conseils quant aux meilleures façons de renforcer l’éducation postsecondaire en langue française dans la région du Centre-Sud-Ouest.»

Pour les non-initiés à l'Ontario, la région du Centre-Sud-Ouest inclut le Grand Toronto et les secteurs au sud et à l'ouest de la capitale provinciale, y inclus la péninsule du Niagara, ainsi que l'axe Kitchener-London-Chatham-Windsor. Le comité consultatif devait débroussailler, puis proposer des avenues de solution pour «renforcer» l'accès en français aux études collégiales et universitaires dans cette région seulement.

Cela n'a rien, mais rien à voir avec l'ensemble du projet d'université de langue française que défendent le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) et ses principaux alliés, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) depuis 2012. La manifestation du 18 février 2016 regroupait aussi des délégations de l'est et du nord ontariens, et portait sur un vaste projet qui touchait très majoritairement les populations étudiantes de l'Est et du Nord, où l'on trouve les plus fortes concentrations de francophones.

Le comité n'est pas allé vérifier la situation des francophones à Ottawa, ou à Sudbury. Il n'en avait pas le droit. Il était confiné au centre-sud-ouest. Son nom et son mandat en font foi. Alors quand on lit ce qui suit dans le quotidien Le Droit d'aujourd'hui, 11 juin 2016, c'est une erreur: «Le comité chargé de se pencher sur la faisabilité du projet d'université franco-ontarienne propose d'accueillir la première cohorte d'étudiants en 2020 dans un campus situé dans le Grand Toronto.» (voir http://bit.ly/1PkR6EJ) Aucun comité n'était chargé de «se pencher sur la faisabilité du projet d'université franco-ontarienne»… du moins pas celui proposé par le RÉFO et ses alliés…

Et quand l'éditorialiste Pierre Jury évoque les conclusions du «rapport sur une future université de langue française en Ontario», il fait référence au rapport inexistant d'un comité inexistant. À moins qu'il n'y ait un deuxième comité d'experts, avec mandat provincial… Est-ce possible? Sais pas…

Peut-être le pire, dans cette affaire, c'est qu'au moment où Mme Meilleur expliquait à la journaliste Huguette Young qu'un comité d'experts se penchait sur la question de l'université franco-ontarienne, le comité du Centre-Sud-Ouest (le seul et unique, semble-t-il…) avait déjà terminé ses travaux et remis son rapport final au ministre Maridi, le 24 février, l'avant-veille…

Et le comble, des représentants du RÉFO, de l'AFO et de la FESFO siégeaient à ce comité du Centre-Sud-Ouest… Ils savaient donc qu'aucun comité d'experts n'étudiait l'ensemble de leur projet… Compte tenu de l'ampleur du projet défendu depuis près de quatre ans, ils participaient un peu au sabotage du caractère provincial de l'université franco-ontarienne… et à la protection des universités bilingues…

Le texte le plus précis, celui de TFO (voir http://bit.ly/1UmaMO4), peint davantage le caractère essentiellement régional du comité et de son rapport, mais se tient loin de la contradiction évidente entre ce que les étudiants réclament depuis 2012 et ce qui vient de se passer. Tout le monde semble avoir remis ses lunettes roses… même s'il ne s'agit que du rapport d'un comité régional, même si le gouvernement n'a rien promis, même si Mme Meilleur, principal point d'appui des Franco-Ontariens au sein du gouvernement Wynne, vient de démissionner…

Entre-temps, à l'Université d'Ottawa, dans quelques jours, près de 3000 étudiants et étudiantes francophones recevront leur diplôme de Calin Rovinescu, nouveau chancelier de «l'université des Franco-Ontariens» (dixit le recteur Allan Rock). M. Rovinescu, qui est aussi PDG d'Air Canada, vient d'être convoqué au Parlement pour s'expliquer devant le comité des langues officielles… Ouais...





jeudi 9 juin 2016

Amen!

Graham Fraser (image Radio-Canada)

Le rapport spécial du Commissaire fédéral aux langues officielles Graham Fraser sur Air Canada, s'ajoutant à son dixième et ultime rapport annuel, rendu public il y a quelques semaines, démontre noir sur blanc l'impossibilité de faire progresser le français au Canada quand les décideurs de la majorité anglophone s'y refusent…

De fait, ces deux documents - qui suscitent peu d'intérêt et qui vont rapidement se poussiérer sur une des multiples tablettes fédérales - pourraient devenir de véritables livres de chevet, que tout partisan d'un Québec français (et/ou indépendant) aurait avantage à lire, décoder et vulgariser. Dans l'argumentaire qui en résulterait, le 10e rapport annuel de M. Fraser serait le marteau; celui sur Air Canada, le clou…

Que conclut-il au juste, ce rapport annuel 2015-2016, fruit mûr d'une décennie de labeurs linguistiques incessants? Avis aux lunettes roses du «beau-et-grand-bilingue-pays-qui-inclut-nos-Rocheuses», les verdicts de M. Fraser pourraient ne pas convenir à tous vos auditoires… Ses occasionnels rires et sourires sont plus jaunes que rosâtres...

Première leçon, durement apprise… «Une minorité demeure une minorité, et la majorité n'est jamais naturellement sensible à ses besoins.» Ce qu'il faut comprendre ici, puisque le Commissaire parle toujours de «langues officielles», c'est que la minorité, ne détenant pas le pouvoir, doit constamment revendiquer, quémander ses droits linguistiques auprès d'une majorité insensible qui, elle, par la force du nombre, peut prendre les décisions qui lui conviennent.

Le sort réservé aux minorités canadiennes-françaises et acadiennes par les majorités anglo-canadiennes de neuf provinces en témoigne avec éloquence. Et à ceux du Québec qui voient un appui dans cette règle de la majorité, détrompez-vous. Comme la Cour suprême l'a noté à l'occasion, les francophones du Québec sont minoritaires dans l'ensemble du pays et en Amérique du Nord. Les soubresauts de rébellion comme la Loi 101 ont appelé en représailles la nuit des longs couteaux ainsi qu'un charcutage juridique des dispositions les plus irritantes pour la majority

Deuxième leçon, après 10 ans sur le terrain… Défendre et promouvoir le français en milieu minoritaire (et cela inclut le Québec comme composante du grand tout canadien), c'est «comme gravir à contresens un escalier roulant: l'immobilisme entraîne un recul». M. Fraser a compris que le milieu Canadian et nord-américain n'est pas un environnement neutre pour les francophones du nord-est du continent; les avant-postes à l'extérieur du Québec sont les plus menacés, mais les palissades s'effritent aussi autour du bassin du Saint-Laurent…

Présentement, au Québec comme ailleurs au Canada, c'est tout au mieux l'immobilisme, ce qui, selon le principe du Commissaire aux langues officielles, «entraîne un recul». En Ontario, le gouvernement refuse toujours de créer une université de langue française digne de ce nom après 45 ans de demandes… dans l'indifférence générale. Au Québec, on a un gouvernement froussard qui craint de franciser les immigrants tout en voulant que tous les jeunes francophones apprennent l'anglais… Et l'escalier roule à contresens…

Troisième leçon (on se limitera à trois, mais il y en a d'autres dans ce rapport annuel)… Depuis 2006, M. Fraser essaie de passer au Canada anglais le message que la dualité linguistique (comprendre le français…) est «une valeur plutôt qu'un fardeau». Le fait qu'il essaie toujours après une décennie en dit long sur son succès auprès de la majority. Non seulement les Anglo-Canadiens majoritaires restent-ils insensibles aux besoins des collectivités francophones et de la nation québécoise, mais ils ne valorisent pas la promotion de la langue et de la culture françaises…

Oh, bien sûr, il y a Canadian Parents for French, mais son influence est loin d'être déterminante. Le taux de bilinguisme baisse chez les anglos-hors-Québec. Les centaines de milliers d'enfants qui fréquentent l'immersion française n'utilisent pas leurs nouvelles connaissances et finissent par les oublier peu à peu. La majority n'écoute pas notre musique, ne lit pas nos auteurs, n'achète pas nos journaux et magazines, ne s'adresse pas en français dans les commerces et institutions. Le «fardeau» du français, pour ceux qui le portent, s'allège au fil des ans, n'ayant aucune valeur…

Ces trois leçons trouvent leur pleine expression dans le rapport spécial qu'a pondu ces jours derniers le Commissaire Fraser, au sujet d'Air Canada. Majorité insensible, immobilisme, escalier roulant à contresens, le français comme fardeau, tout y est… et plus! Air Canada est devenu ce «clou» que Commissaire après Commissaire tente d'enfoncer depuis 45 ans, sans succès. De Keith Spicer à Graham Fraser, ils ont martelé le même message, qui s'écrase à chaque fois comme un insecte sur un mur de béton…

Je cite ici M. Fraser dans une entrevue à Radio-Canada, entendue à l'émission du matin de 90,7 FM, la station d'Ottawa-Gatineau du réseau public. «Après des centaines d'enquêtes et de recommandations, après une vérification exhaustive et après deux recours dont l'un jusqu'à la Cour suprême, force est de constater que mes multiples interventions tout comme celles de mes prédécesseurs n'ont pas donné les résultats souhaités», déclare-t-il. Des «centaines» d'enquêtes et de recommandations??? Combien en faut-il pour obtenir des résultats?

À la lumière des trois leçons tirées de son rapport annuel 2015-2016, des milliers d'enquêtes et de recommandations ne suffiraient pas… Les décideurs anglophones sont insensibles et majoritaires, ils se réfugient dans l'immobilisme (tout en prétendant faire des efforts louables) et voient le français comme un fardeau qui, par surcroit, n'est pas imposé aux autres transporteurs aériens… Le marteau va se briser d'usure avant que le clou ne s'enfonce d'un seul millimètre...

Air Canada subit-elle l'opprobre du public pour ses manquements à l'égard du français? Non. Quand un couple franco-ontarien a poursuivi le transporteur «national» pour ne pas avoir été servi en français à bord d'un de ses avions, ce sont ces deux francophones qui ont subi un torrent de colère haineuse d'une partie appréciable du public anglophone, par le biais des médias…

Et le PDG d'Air Canada depuis 2009, Calin Rovinescu, a-t-il été réprimandé, condamné, fustigé? Pantoute… L'Université d'Ottawa, que le recteur Allan Rock appelle pompeusement «l'université des Franco-Ontariens», une université ayant une mission spéciale de promotion du français en Ontario, cette université a confié son poste prestigieux de chancelier au PDG d'Air Canada.

Dans quelques jours (à la mi-juin), il remettra les diplômes à près de 8000 étudiants et étudiantes de l'Université d'Ottawa, dont 30% seront francophones… Une insulte… 

…………………………..

Mais ne vous inquiétez pas… les médias feront comme d'habitude avec les rapports de M. Fraser. Quelques petits reportages, un éditorial ça et là (dans les médias de langue française, et même là…), suivis d'un éternel et assourdissant silence. Et c'est bien pire au Canada anglais, où de nombreux médias n'ont même pas fait état des rapports du Commissaire Fraser.

L'ancien chef de cabinet de Brian Mulroney et grand acteur des négociations autour de l'Accord du Lac Meech dans les années 1980, Norman Spector, a lâché ce commentaire percutant après avoir lu le court texte publié en page B6 du Globe and Mail sur le rapport spécial au sujet d'Air Canada:

«If Canada's national newspaper stuffs this on B6, one might conclude that ROC (rest of Canada) doesn't give a shit…»

Amen!

lundi 6 juin 2016

États généraux, Bill 63… Jeunes Franco-Ontariens «sympathiques aux aspirations du Québec»...

À lire certains historiens et chroniqueurs, les États généraux du Canada français de novembre 1967 ont consommé une espèce de rupture entre Québécois francophones et les minorités de langue française des autres provinces. J'ai déjà exprimé mon désaccord avec cette thèse, y voyant plutôt une étape - sans doute majeure - dans une évolution identitaire amorcée au Québec et dans les autres collectivités canadiennes-françaises et acadiennes depuis l'entrée en vigueur du pacte fédératif, dès 1867…

Aux États généraux (j'étais présent aux assises de 1967, à Montréal, comme délégué franco-ontarien), une minorité appréciable de participants hors-Québec a voté en faveur de la résolution clé de l'assemblée, celle affirmant le droit à l'autodétermination de la nation canadienne-française par l'entremise de son État national, le Québec. Dans la délégation ontarienne, plus du tiers (35%) ont voté «oui». Ce n'est pas négligeable. Chez les Acadiens, le «oui» était même majoritaire à 52%…

Ce sentiment pro-Québec était surtout palpable chez les jeunes Franco-Ontariens. «La plupart d'entre nous venions de terminer nos études universitaires, expliquait en 1997 Rémy Beauregard*, devenu par la suite président de la Commission des droits de la personne de l'Ontario. On avait fréquenté des collègues québécois à l'université, à Ottawa ou à Sudbury. On lisait Le Devoir. (…) On avait subi l'influence de la Révolution tranquille. Lorsque René Lévesque parlait aux Québécois, il parlait aussi à nous.»

Une nouvelle association en voie de création en 1967, l'Assemblée provinciale des mouvements de jeunes de l'Ontario français (APMJOF), «était plus nationaliste (…), plus sympathique aux aspirations du Québec», devait ajouter M. Beauregard. Avec Rémy et d'autres, je faisais partie du noyau fondateur de cette organisation. L'APMJOF aura marqué de sa présence les États généraux du Canada français, notamment en contribuant à garder bien ouverts quelques ponts entre le Québec et l'Ontario français.

communiqué d'octobre 1969 de l'APMJOF...

À cet égard, l'association aura joué un rôle important et elle s'est de nouveau manifestée en 1969, lors de la crise entourant la présentation et l'adoption du Bill 63 par le gouvernement de l'Union nationale sous Jean-Jacques Bertrand. On parle beaucoup, aujourd'hui, des difficultés de francisation des immigrants dans la région de Montréal, mais à l'époque, dans le sillage des conflits à St-Léonard, le climat était plus que volatile. Il était parfois violent.

Le projet de loi 63 (que même les francophones appelaient Bill 63, comme en anglais…) consacrait à toutes fins utiles le libre choix de la langue d'enseignement pour les immigrants au Québec. Ainsi, en dépit d'encouragements à apprendre le français, ils étaient libres de fréquenter les écoles anglaises, avec des conséquences prévisibles pour la francophonie montréalaise et québécoise. Ce projet de loi, fort impopulaire chez les Québécois de langue française, a aidé à précipiter la chute de l'Union nationale aux élections d'avril 1970.

Or, en fouillant dans mes archives franco-ontariennes, j'ai découvert (je ne m'en souvenais plus) que l'APMJOF avait pris position contre le Bill 63 à l'automne 1969. Je cite ici le communiqué, sans doute diffusé en octobre, après l'introduction du projet de loi à l'Assemblée nationale:

«Le bill 63, loin de vivifier la culture française au Canada, n'aura de conséquences que de l'affaiblir et de créer un mouvement d'indignation tant au Québec qu'auprès des groupes francophones du Canada, de préciser le secrétaire général de l'APMJOF, Paul-François Sylvestre. Le gouvernement québécois, soucieux de garantir les droits acquis de sa minorité anglophone, éloignera par le fait même toute possibilité d'autodétermination de la population québécoise française.»

«Vouée à la promotion culturelle des jeunes de l'Ontario français, l'APMJOF s'appuie bien entendu sur le Québec, mais sur un Québec francophone, sur une véritable source de culture canadienne-française. Le bill 63 menace la vie française du Québec et inévitablement celle de l'Ontario français ou de toute autre province canadienne.»

Ces jeunes Franco-Ontariens, loin de s'offusquer devant la montée de l'option souverainiste et d'un mouvement pour l'unilinguisme français, voyaient dans un Québec fort, français et autonome (souverain, même, pour plusieurs) l'une des assises essentielles de la pérennité du français en Ontario, en Acadie et à travers le Canada. Pas surprenant, donc, que l'APMJOF, par l'intermédiaire de son club du livre provincial, ait offert dans la catégorie des livres d'opinion Option Québec, de René Lévesque…

Tout cela fait peut-être partie de la petite histoire d'une autre époque, mais il m'apparaît primordial de ne pas l'oublier, surtout ces jours-ci quand nos journaux et même, parfois, les livres d'histoire ont tendance à trop arrondir les coins, et généraliser à l'excès. Rupture aux États généraux? Au moins quelques ponts entre le Québec et le vieux Canada français avaient survécu...


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* Les États généraux du Canada français trente ans après. Textes réunis par Marcel Martel avec la collaboration de Robert Choquette, publiés par le Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l'Université d'Ottawa, 1997.

vendredi 3 juin 2016

Ils sont des nôtres !

J'en ai plein le casque de voir notre «nous» malmené par ces soi-disant gardiens de la multiculture officielle, qui voient trop souvent chez les Québécois francophones - surtout ceux et celles qui sont «nationalistes» - une espèce de tribu xénophobe, raciste sur les bords, constamment méfiante à l'endroit de tout ce qui sonne «étranger»…

Cette perception est fausse. Notre «nous» n'est ni meilleur, ni pire que les autres «nous» de la planète. Historiquement, notre «nous» s'est montré ouvert au métissage et accueillant pour les nouveaux-venus prêts à respecter notre spécificité. Ce «nous» a évolué au fil des siècles, et ses valeurs se sont lentement forgées dans un creuset où les vieux héritages de France se sont enrichis au contact intime des cultures autochtones et d'apports d'autres nationalités.

La vieille notion de Québécois ou de Canadien français de souche est depuis longtemps dépassée. Cette image de la grande famille canadienne-française tricotée serrée, blanche et catholique, a été colportée comme un étendard jusqu'à la fin des années 1950, mais il suffisait de gratter un peu sous la surface pour démontrer qu'elle était bien plus l'instrument d'une idéologie socio-politique et religieuse que le fidèle reflet de la réalité.

Tous savent que la composante catholique de l'ancien «nous» a été éjectée avec fracas et à la vitesse de l'éclair dans les années 1960, même si son influence culturelle se fait sans doute sentir plus qu'on ne le croie, généralement, au début du 21e siècle. Mais même à l'époque où l'emprise du clergé semblait quasi totale, disons de 1850 à 1950, l'Église n'a jamais pu éteindre les braises d'une vieille résistance bien laïque, ayant atteint son paroxysme au temps des Patriotes.

En dépit des sermons et des menaces, les nôtres donnaient des noms interdits - Napoléon, Émile - à leurs nouveaux-nés. La musique et la danse, arrosées d'un p'tit coup, avaient l'allure d'un défi permanent à l'autorité du clergé. Et s'il allait à la messe le dimanche, le bon peuple prenait le nom et les objets de son Dieu en vain le reste de la semaine avec des sacres religieux uniques au monde. Et à ceux et celles qui nous grondent quand on fronce les sourcils devant des symboles d'autres religions, puis-je rappeler les anciennes railleries envers nos propres «mangeux de balustre»...

Sur le plan ethnique, dès le 17e siècle, et par la suite, les alliances entre Franco-Canadiens et Autochtones ont produit des tas de mariages et d'unions de fait. Des nations de Métis en sont témoins. L'arrivée de Britanniques après la conquête et de milliers d'immigrants réfugiés d'Irlande et d'Écosse au 19e siècle a aussi coloré à sa façon la démographie régionale du Québec ainsi que l'ensemble de notre «nous»…

Daniel Johnson, premier ministre sous le gouvernement de l'Union nationale de 1966 à 1968, celui qui lança le célèbre slogan Égalité ou indépendance et qui fut solidaire du général De Gaulle après son Vive le Québec libre, avait pour père Francis Johnson, un immigrant irlandais anglophone. Oserait-on prétendre que Daniel Johnson n'était pas membre à part entière de notre «nous»? Ou Mary Travers, également fille d'Irlandais, alias La Bolduc? Ou Pierre Trudeau? Ou Jean (John) Charest?

Depuis plus d'une centaine d'années, avec la présence croissante et très visible de nationalités et de races autres que les Autochtones, les Français et les Britanniques, on voit aujourd'hui dans nos familles, dans les rues, les cours d'école et les milieux de travail de nouveaux arrivants de tous les continents. Ceux et celles qui ont choisi de vivre avec nous en français, de plus en plus nombreux, font désormais partie de notre «nous»…

Quand Nicola Ciccone, d'origine italienne, chante pour défendre la langue française en clamant qu'il se souvient «de tous ces chants le long des berges du Saint-Laurent», n'est-il pas l'un des nôtres, voire un éloquent porte-parole de notre «nous»? Et que dire des Boucar Diouf, des Dany Laferrière, Normand Brathwaite, Fatima Houda-Pepin, Osvaldo Nunez, Akos Verboczy et combien d'autres, devenus des «tricotés serrés» autant que les vieux «de souche»…

Ce qui «nous» rassemble et «nous» unit, désormais, depuis que l'ethnie et la religion ont perdu leur ascendant, ce sont la langue et la culture françaises. Elles servent de lien de communication avec la vieille mère-patrie et l'ensemble de la francophonie mondiale, mais aussi de véhicule à l'expression originale de notre «nous» sur tous les plans - politique, économique, scientifique, musical, littéraire, etc. Le français, déjà langue nationale, devenu langue commune et officielle, cimente notre «nous».

Sa défense et sa promotion sont intimement liées à nos valeurs de liberté, de laïcité, de justice, de partage et de démocratie. À la fois belle et rebelle, la langue française ouvre la porte à une vision de notre histoire, de notre géographie, de nos oeuvres, de nos gens d'ici et d'ailleurs. On comprend alors que notre «nous», comme celui de chaque nation, petite ou grande, reste un élément précieux, voire essentiel, de la diversité planétaire. À qu'à ce titre, son droit à l'existence et à une pleine expression politique demeure un objectif noble, ouvert sur le monde entier.

La preuve est abondamment faite, depuis des siècles, que les nouveaux-venus peuvent, sans nier leur spécificité, trouver notre «nous» valorisant, au point de s'y associer, de l'enrichir et de participer à son cheminement historique. Dès lors et pour toujours, ils sont des nôtres.






jeudi 2 juin 2016

Mission impossible!

Parfois il faut sursimplifier pour éclaircir un débat, pour en exposer le coeur et les entrailles. Alors je me risque et j'arrondis les coins, comme on dit, conscient d'une réalité bien plus complexe, dans l'espoir de présenter mon point de vue de façon cohérente dans un texte suffisamment concis pour que ses quelques lecteurs et lectrices s'accrochent jusqu'au dernier paragraphe…

Trois députés du Parti québécois ont ressuscité l'option du beau risque, d'un fédéralisme renouvelé, dans l'espoir de mettre fin au statu quo (cul-de-sac?) constitutionnel actuel. Sans même tenter d'imaginer la complexité des tours de passe-passe requis pour faire avaler ça aux membres du Parti québécois et à ses alliés potentiels, ils font face à deux obstacles infranchissables:

1. En face des indépendantistes-souverainistes-séparatistes-solidaires-nationalistes-et-autres-istes-très-autonomistes, on présuppose l'existence de forces fédéralistes. Elles n'existent pas. Zéro.

Je m'explique. À l'extérieur des départements universitaires de science politique, le fédéralisme en soi n'intéresse à peu près personne. Surtout pas les politiciens. Ce qu'on appelle fédéralisme est essentiellement une construction théorique, inventée pour expliquer des sociétés qui répartissent le pouvoir de gouverner entre un État central et des États membres, chacun étant souverain - plus ou moins - dans ses domaines de compétence.

C'est la société qui est «fédérale» au départ, et l'État n'en est que le reflet. Le degré d'autonomie des États membres, comme le degré de centralisation, dépend de la réalité sociale, du vécu de ses citoyens, de ses collectivités, ou encore de ses nations s'il s'agit, comme le Canada, d'un État multinational. Si l'arrangement constitutionnel ne satisfait pas l'une des composantes, qui s'estime brimée, il finit par arriver ce qui est arrivé chez nous, au Québec.

Depuis la Confédération, il y a toujours eu des factions indépendantistes ou fortement autonomistes au Québec, mais elles ne sont devenues acteurs principaux que depuis la Révolution tranquille. En face, on trouve - au Québec et au Canada-hors-Québec - des opposants à ce projet souverainiste. Des anti-séparatistes. Mais de vrais fédéralistes? Intéressés à améliorer l'édifice constitutionnel dans l'esprit du fédéralisme théorique tel que l'enseignent les profs d'université? Ça n'existe pas!!!

Proposer un renouvellement du fédéralisme pan-canadien à un bloc plus ou moins monolithique d'anti-séparatistes pour qui le moindre compromis constitutionnel constitue un pas de plus vers une éventuelle indépendance du Québec, c'est perdre royalement son temps!

2. Secundo, ce beau-risque-version-2016 - en supposant qu'il rallie l'auditoire visé par Nicolas Marceau et ses collègues - doit être présenté à quelqu'un, mais à qui? La nation québécoise a son État (ou demi-État) mais la Canadian nation n'a aucun porte-parole attitré.

Faut-il rappeler aux tenants d'un nouveau-beau-risque que le gouvernement canadien ne peut prétendre négocier au nom du reste du pays. Il a nettement un ascendant, surtout quand il a à sa tête un brillant autoritaire dogmatique comme Pierre Elliott Trudeau, mais les provinces conservent leur part de souveraineté dans leurs domaines de compétence et à ce titre, demeurent, tout au moins en principe, des joueurs égaux à Ottawa autour d'une table constitutionnelle.

Également, l'État fédéral - même s'il était désigné comme porte-parole par les autres provinces à majorité anglophone, hypothèse plus qu'improbable - demeure une structure qui représente aussi les Québécois dans les domaines de compétence fédérale. On a vu ce que cela a donné par le passé. René Lévesque ne négociait pas avec des anglos désignés pour représenter la nation anglo-canadienne, mais avec les Trudeau et Chrétien, ou encore Mulroney… Des chicanes de famille…

Le Canada anglais ne veut pas l'avouer, lui-même torpillé dans son identité traditionnelle par un multiculturalisme tous azimuts, mais il devra un jour se poser la question de son existence «nationale», à moins qu'une éventuelle assimilation de la nation francophone ne vienne régler son problème. Dans un ultime face-à-face pour sauver le Canada de l'éclatement, nous devrons négocier avec «eux», pas avec quelques-uns des nôtres qui leur servent de paravent.

Et cela m'apparaît pour le moment une mission impossible!

Et tiens, pour les fins de l'argument, j'ajoute un troisième obstacle de taille:

3. Au «Canada anglais», disons plutôt au Canada-sans-le-Québec, l'immense majorité ne veut rien savoir de pourparlers constitutionnels, considère que le Québec a déjà plus que sa part du gâteau et ressent une hostilité incrustée (et croissante) envers la langue française…


Étant d'origine franco-ontarienne, y ayant vécu les premières 29 années de ma vie avant de m'installer au Québec en 1975, j'ai depuis longtemps compris que ce qu'on appelle communément le Québec-bashing est d'abord et avant tout du French-bashing. On «bash» le Québec parce qu'il est français, et qu'à ce titre, il réclame des pouvoirs constitutionnels jugés nécessaires à la protection et à la promotion de la langue française.

La preuve? Les minorités canadiennes-françaises et acadiennes ont été victimes de persécution, parfois ouverte, souvent larvée, dans toutes les provinces où les anglophones sont majoritaires depuis l'entrée en vigueur du pacte fédératif en 1867. Et en dépit de centaines de milliers d'Anglo-Canadiens de bonne volonté, dans le style Canadian Parents for French, la majorité reste hostile aux francophones et à leurs revendications. Les médias anglos en deviennent parfois hystériques et haineux.

Après plus  de 50 ans d'efforts et de cris dans le désert des commissaires aux langues officielles, le français fait peu de progrès chez les anglos hors-Québec. Il est même en recul. Au Québec même, les divisions sont d'abord et avant tout linguistiques. Les anglophones, allophones anglicisés et francophones assimilés à l'anglais forment un bloc quasi monolithique d'allégeance libérale et partisan d'un éventuel «non» référendaire.

Face à la proposition de Nicolas Marceau et compagnie, il n'y aura pas cette fois de love-in

Le mot de la fin. Dans son Renvoi sur la sécession de 1998, la Cour suprême a énoncé la seule stratégie possible pour régler cette question. Face à un «oui» clair, en réponse à une question claire sur l'indépendance, le Canada anglais n'aura pas le choix: il devra se présenter à la table des négociations… C'est à nous de prendre la décision. Notre souveraineté n'est pas négociable, elle nous appartient. Des négociations suivront si nous décidons collectivement d'exercer pleinement cette souveraineté. Offrir au Canada anglais un ultime arrangement pour qu'il nous le renvoie en pleine face, sachant d'avance qu'il le fera, n'est-ce pas tout simplement un faux-fuyant?